Résumé:
Les zones humides figurent parmi les écosystèmes les plus riches en biodiversité, tout en étant particulièrement vulnérables aux pressions globales. Les macroinvertébrés benthiques s’imposent comme des bioindicateurs pertinents de l’intégrité écologique de ces hydrosystèmes, dont la connaissance demeure encore peu développée en Algérie, notamment dans les massifs du Djurdjura, territoire classé Parc national et Réserve de biosphère par l’UNESCO. La présente étude vise à établir une check-list taxonomique des macroinvertébrés benthique du réseau hydrographique du Djurdjura, principale source d’alimentation en eau de la région de Bouira, à analyser leur distribution spatiale, identifier les facteurs environnementaux structurant leurs Assemblages et à proposer des stratégies de conservation adaptées à ces écosystèmes. L’échantillonnage, réalisé entre février 2019 et juin 2021 sur 49 stations réparties sur les deux versants du massif, a permis de recenser 50 075 individus, répartis en deux phyla, trois classes, neuf ordres et 58 familles. Les insectes constituent le groupe dominant, avec une forte représentation des Éphéméroptères (23 183 individus, 24 taxons), parmi lesquels trois espèces endémiques sont signalées pour la première fois dans le massif du Djurdjura (Rhithrogena sartorii, Habrophelbia djurdjurensis et Centroptilum samraouii), ainsi que cinq espèces nouvelles pour la science. Les Plécoptères apparaissent comme d’excellents bioindicateurs des ruisseaux froids et oxygénés, tandis que les Trichoptères mettent en évidence un contraste marqué entre les stations forestières préservées et celles soumises aux pressions anthropiques. Les Diptères, Coléoptères, Hémiptères et Odonates complètent cet inventaire inédit, témoignant d’une diversité encore largement sous-estimée. L’analyse des paramètres environnementaux révèle que l’altitude, l’exposition des versants et l’occupation du sol influencent fortement la distribution et la composition des communautés benthiques. Le contraste d’exposition entre les deux versants du massif du Djurdjura, le versant Nord à influence méditerranéenne, plus humide et tempéré, et le versant Sud, soumis à un climat plus sec et continental, conditionne les caractéristiques hydrologiques, physico-chimiques et biologiques des stations étudiées. Par ailleurs, les stations forestières d’amont présentent des assemblages diversifiés dominés par des espèces sensibles, tandis que les stations influencées par les activités agricoles ou domestiques se caractérisent par des assemblages appauvris, dominés par des taxons tolérants. Ces résultats soulignent la valeur patrimoniale exceptionnelles et la fragilité des hydrosystèmes du Djurdjura, et plaident pour la mise en place de programmes de suivi écologique et de mesure de conservation adaptées afin d’assuré leur préservation durable