Résumé:
La ville est non seulement l’espace des rencontres, du mélange, de la diversité, de la flânerie, de
l’art, de la culture, du silence des lieux saints, du charme historique, des connections, des points de
verdure, des loisirs, des énergies renouvelables, du dynamisme mais aussi des bruits, de l’agitation,
des constructions, de la violence, du temple de la consommation, de la pollution, des axes
(auto)routiers, des embouteillages, du travail, de l’énergie fossile, des dégradations. L’espace urbain
est donc en réalité plein de contradictions qu’il ne faut pas totalement opposer à la ruralité estimée
plus naturelle. Ainsi le modèle du sauvage urbain de Rousseau1 et celui de la ville inquiétante des
Romantiques2, ponctués entre temps par la Révolution, reflètent une crise des représentations
sociales à relativiser aujourd’hui. Déjà le Parnassien Baudelaire3 renouvelait la perception de
l’urbanité en inversant ses représentations.
En fait, la ville constitue, dans un premier temps, un moment, une étape, une transition, un
passage dans la vie d’un individu qui aspire, dans un second temps, à un retour aux sources hors des
villes. Or, tandis que la population humaine mondiale d’il y a 250 ans est estimée à un milliard,
celle-ci est huit fois plus importante actuellement. C’est pourquoi l’architecte belge Vincent
Callebaut estime que l’avenir des villes réside dans une combinaison avec le meilleur de la nature4.
Il crée pour cela le concept de l’ « archibiotic »5. Les graffiti, qui font partie du paysage urbain, sont
issus d’actions considérées comme délictueuses.
L’enjeu est de partir de la représentation communément admise comme négative de graffer dans
les quartiers malfamés. Cet acte est d’ailleurs un marqueur des rapports de force entre gangs qui se
disputent le contrôle de territoires aux USA et ailleurs. Partant de ce contre-pied, il s’agira
d’éclairer les aspects positifs et attractifs du graffito dans la vie quotidienne et de voir comment les
villes peuvent s’adapter à cela. Car, en réalité, il n’a pas pris sa source à New York dans les
faubourgs dangereux mais à Philadelphie où, en 1967, Darryl McCray, surnommé Cornbread,
premier graffeur moderne au monde, reproduisait la phrase « Cornbread loves Cynthia »